La démocratie par les capabilités
Alliance collective, fécondité relationnelle et création de richesses
La démarche en bref : Rendre visibles la gouvernance et les richesses d’un collectif
Le constat : des richesses humaines insoupçonnées
Dans de nombreuses organisations, les savoir-faire nécessaires à l’action collective existent déjà. Mais ces richesses, des savoir-faire techniques, relationnels et de coordination, sont parfois dispersées, peu reconnues, et leurs complémentarités peu mobilisées. Cette invisibilité et ce cloisonnement créent des inconforts et alourdissent le fonctionnement collectif :
– des zones de flou sur qui fait quoi ;
– des personnes qui s’épuisent chacune de leur côté, quand une mise en commun aurait allégé la charge ;
– des personnes prêtes à contribuer davantage, qu’on ne sait pas solliciter ;
– des savoir-faire précieux qui disparaissent avec celles et ceux qui partent ;
– Une valeur générée par le collectif dont il est difficile de rendre compte auprès d’un financeur.
Or, les grandes transitions de notre temps exigent d’articuler des cultures, des métiers et des disciplines hétérogènes afin de co-construire des organisations plus robustes et des solutions plus écologiques. La mobilisation des capabilités collectives devient alors décisive. Celles-ci désignent la capacité d’un collectif à conjuguer les désirs d’agir, les savoirs et les savoir-faire de ses membres pour concevoir ensemble et mettre en œuvre un projet complexe.
Dans cette dynamique, les savoir-faire relationnels et de coordination jouent un rôle essentiel. Les interactions fécondes qu’ils rendent possibles relèvent de ce que l’intelligence artificielle peut outiller, mais non remplacer. Ils sont aussi la condition d’une survaleur collective, ce surplus que produit la coopération, supérieur à la somme des contributions individuelles.
Notre proposition : l‘approche par les capabilités pour acter des alliances collectives
Pour commencer, l’enjeu est de co-élaborer une alliance collective de travail autour d’un projet commun, afin d’en distribuer la coordination.
C’est un pacte sur l’organisation du collectif qui y œuvre : Qui mobilise quelles capabilités, avec qui, selon quel degré d’engagement, pour quelles réalisations.
Elle se délibère à partir d’une mise en commun des savoir-faire et des choix d’engagement de chacun.
Une alliance collective de travail constitue un commun organisationnel, une décision collective et révisable. Gage d’une coopération vivante, elle favorise la robustesse du collectif et l’aboutissement du projet commun. Elle est ainsi un pré-actif immatériel : une valeur constituée, mais pas encore éprouvée.
Principe du dispositif pour reconnaitre une capabilité
Une capabilité est un savoir-faire doublé d’un désir d’œuvrer et de la liberté réelle de l’exercer.
Le principe du dispositif est simple : la mise en commun d’une expérience, d’une connaissance ou d’une réalisation permet de reconnaître, chez chacun, une capabilité utile au collectif.
De ces positionnements individuels naît un support de délibération, qui permet au groupe de s’accorder sur son alliance collective de travail.
Exemples de supports de délibération :
Autour de la préservation d’un commun foncier, une forêt
Autour du lancement d’une collecte de fonds
Les textes sont les mêmes, seules les exemples de supports et d’alliances collectives changent. Codes d’accès sur demande à afremaux@autogouv.org
Deux natures de richesses : non monétisables et monétisables
L’alliance collective sert ensuite de support de coordination distribuée. Documentée au fil du projet, l’alliance fait apparaître deux natures de richesses :
– non monétisables : les récits, les savoirs d’expérience, la qualité des liens, qui se reconnaissent entre pairs et restent inestimables ;
– monétisables : non pas l’expérience des personnes, mais les manières de s’organiser, agencements collectifs qui ont fait leurs preuves et peuvent être transposées ailleurs.
Certaines de ces richesses tiennent aux personnes. D’autres n’existent que par la coopération : la qualité des liens, les manières de s’organiser. Ces dernières forment la survaleur collective, le surplus que produit la coopération au-delà de la somme des contributions individuelles.
Rendre visible cette diversité de richesses permet d’ouvrir un dialogue entre celles et ceux qui investissent leur travail et les financeurs, sur la valeur générée, monétisable comme non monétisable, et sur sa juste répartition.
C’est une première étape vers un bicamérisme économique, qui donne aux investisseurs en travail une place reconnue dans la décision.
Cette approche convient aux associations et aux collectivités comme aux comités exécutifs d’entreprise.

Une recherche-action depuis 1993
Ces travaux s’appuient sur une recherche-action engagée en 1993 à l’Université Paris 8, autour de dispositifs web contributifs et d’objets médiateurs d’intelligence collective et de communauté : cartographies des richesses humaines, arbres de connaissances, arbres de talents. Ces objets constituaient déjà des communs organisationnels, un terme que nous n’avons forgé que récemment (Frémaux, Agarwal et Ouziel, 2025).
Ils s’inspirent de pratiques de reconnaissance et d’évaluation collective issues des réseaux d’échanges réciproques de savoirs (Claire et Marc Héber-Suffrin), des arbres de connaissances (Michel Authier et Pierre Lévy, dans le sillage de Michel Serres) et des arbres de talents (d’Iribarne, Frémaux, 1998).
Depuis 2020, ils se nourrissent de collaborations avec Abhinav Agarwal (IA et innovation frugale) et Jacky Ouziel (actifs immatériels stratégiques).
Notre spécialité, aujourd’hui encore, est la construction participative d’ontologies de connaissances : nommer, classer et relier les savoir-faire d’un collectif, avec lui, pour qu’il puisse les reconnaître et les mobiliser. Nous réfléchissons actuellement à les intégrer à l’IA d’une communauté, qui en garde la maîtrise.
Depuis fin 2025, les échanges avec l’Institut français du Monde associatif (IFMA), le GREUS et Charlotte Lerat (Resoorce, fundraising) nous invitent à approfondir les différents registres de la valeur et la valeur intrinsèque de la relation. Ils rejoignent les travaux de la Coop des Communs et de Geneviève Fontaine sur les communs de capabilités, qui croisent les approches d’Ostrom et de Sen (Fontaine, 2019).
Ces travaux font l’objet d’un ouvrage en cours, La démocratie par les capabilités (ISTE, à paraître)
Introduction générale
Cette conceptualisation, les éléments de méthodes associés et leurs concrétisations informatiques avec les arbres de talents n’auraient pas pu voir le jour sans les fructueuses collaborations avec Abhinav ARGARWAL, Jacky OUZIEL et Christophe D’IRIBARNE.
